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La Rédac revient plus tôt que prévu car un lecteur avait un message à faire passer à la direction des Girondins de Bordeaux. Nous sommes sensibles à cette problématique que nous avons nous même constaté, la perte d'identité des clubs avec les changements de stade et le vide qu'ils dégagent. 

Mon cher Jean-Louis, 

 Je dis "très cher" car vous êtes président du club que je chéris par dessus tout et non pas par affection. Mais également parce qu'il me coute cher de repenser à ce mois de janvier 2016 et à tous les évènements récents concernant l'institution FCGB que je ne reconnais plus et qui se disloque au fil des mois.

 Cher Jean-Louis, je vais vous raconter comment mon histoire avec ce club a débuté. Parisien de naissance, je me souviens exactement du premier match des Girondins que j'ai vu à la télévision. Le Bétis Séville-Bordeaux du 6 décembre 1995. Ce match est devenu mythique grâce au but de Zinedine Zidane qui n'était pas encore le joueur fantastique qu'il a été. A cette époque là, je venais d'avoir 8 ans et les Girondins ne m'ont plus quitté. J'aurai pu devenir un supporter de salon à des centaines de kilomètres mais le hasard à fait que ma famille a du déménager à Royan, à 1h30 de Bordeaux. Mes parents n'étaient pas du tout fans de football mais conscients de ma passion pour ce club, ils m'ont emmené voir mon premier match dans ce stade mythique qui s'appelait encore Lescure en Octobre 1996, en coupe de France, contre Cannes. Ensuite, je rongeais mon frein au rythme d'une rencontre par an avec mon petit club qui nous emmenait en bus. 

 Inutile de vous dire que dès mon permis de conduire en poche, je me suis abonné afin de vivre pleinement ma passion, pour moi c'était le graal. Cette période coïncidait avec le cycle entamé avec Ricardo et dont Laurent Blanc reprendra le flambeau avec le succès que l'on connait. Alors étudiant à La Rochelle, je n'hésitais pas à effectuer les quatre heures de route aller-retour pour chaque match à domicile. Très peu de temps après, ces matches ne me suffisaient plus, il fallait aussi que je fasse les déplacements... Cela m'a amené à terminer mes études à Bordeaux, l'endroit même où j'aurai du les commencer. Paris, Marseille, Turin, Munich, Lyon, Londres, Liverpool... Je vous laisse imaginer le nombre d'heures de cours que j'ai séché, le nombre de fois où je me suis retrouvé célibataire du jour au lendemain car les Girondins étaient le plus important. Après tout, Lescure et ce club étaient mes seuls véritables "amants".

Après cette période glorieuse, les résultats n'étaient plus au rendez-vous. Tous les clubs peuvent connaitre une période creuse, je me disais que c'était notre cas. 

J'ai commencé à souffrir lorsque le projet du nouveau stade s'est accéléré. Là, j'ai pleinement réalisé que nos dirigeants se moquaient  de nous ouvertement et cela ne s'est plus jamais arrêté. Les supporters, en particulier ceux du virage sud ne sont plus écoutés. Tous ceux qui connaissent Bordeaux savaient que cet emplacement était le pire de tous. Inutile d'avoir fait une école d'urbanisme pour comprendre qu'un stade de cette taille, dans un cul de sac en bord de fleuve et à proximité d'une zone commerciale au trafic saturé allait nous conduire à la catastrophe. Le jour de l'inauguration, en mai dernier, je n'étais pas serein. Vers 19h je pénètre dans le stade, je me suis tout simplement demandé où j'étais. Nice? Lille? Saskatoon? Rien dans ce ramassis de béton d'une froideur incroyable ne me permettait de savoir que j'étais dans la nouvelle enceinte de mes Girondins. Quid de l'identité, de la "marque" que vous voulez soit disant créer?

 Cela me rappelle une petite anecdote que je vous fais partager. Rancœur personnelle pour certains, mais pour moi bien symptomatique du marasme dans lequel mon club s'enfonce. Diplômé d'un master en marketing, justement, j'ai bien entendu proposé ma candidature dans mon club de cœur, avec des idées et projets plein la tête. Après un mois, je reçois une lettre type expliquant que ma candidature ne possède pas les qualités nécessaires pour la fonction souhaitée. Qu'elle ne fut pas ma surprise lorsqu'à peine un mois plus tard, débarquaient à Lescure cette mascotte sortie de nulle part et les pompom girls... Le marketing du siècle dernier, à la papa, totalement dépassé comme le dirigeant que vous êtes aujourd'hui. Résultats: je passe parfois la moitié de mon trajet dans les bouchons pour sortir du stade, notre stade à un look de centre commercial et les gens le fuient. En effet, vous devriez savoir comme moi qu'un "client" mécontent parle beaucoup plus que celui qui est satisfait. Avec le désastre pour y accéder et en sortir lors de l'inauguration, il fallait s'y attendre. Pour ne rien arranger, les demies finales du top 14, dont une avec son coup d'envoi retardé de 15 minutes en raison du réseau de tram nullement à la hauteur ont donné un écho national à ces défaillances.

Mais tout va bien, vous avez déclaré dans l'Equipe du 29 janvier dernier que ce n'était pas si mal puisque les loges étaient occupées à 85%. Le business est certes indispensable. Mais quel est l'interêt pour les entreprises de venir dans un stade qui devient au fil des mois la risée de la France du football? Je suis un très mauvais "client", mon seul achat dans la boutique du club date de mon premier match, une écharpe que j'abordais encore fièrement jusqu'à il n'y a pas si longtemps à chaque match. Les milliers d'euros dépensés pour assouvir ma passion pour ce club n'allaient pas dans votre poche mais dans celle d'ASF, Total, BP et autres Shell. Sans vous parler des dizaines (la centaine?) de milliers de kilomètres parcourus...

Je ne vous reproche pas ici la politique sportive du club. Cela ne m'empêche pas d'avoir un avis sur ce sujet mais il me faudrait trouver un éditeur qui accepte le livre que je suis capable d'écrire. Non, vous êtes en train de tuer l'identité du club, son histoire et la passion de milliers d'autres personnes comme moi. Aujourd'hui, je n'ai plus le courage d'avaler les 400km que je dois faire pour un match des Girondins et c'est avec une immense tristesse que je ne renouvellerai pas mon abonnement en août prochain. Je rejoindrai donc les gens qui viennent occasionnellement et qui partent 10 minutes avant la fin pour éviter les bouchons.

Je ne reconnais plus mon club, son âme et donc son identité. Lescure me remplissait d'émotion, ce tas de béton anonyme me désole. Réagissez ou les affluences vont continuer de s'étioler et surement bientôt le football dans cette ville qu'est Bordeaux. L'UBB quoiqu'elle en dise s'en frotte les mains...

 

Julien L

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